Contexte historique

Dès 1815 et le retour de la paix, un climat favorable se présente pour réaliser les exigences naissantes de l'instruction publique populaire que les idées de la Révolution française avaient promues mais pas réalisées pour des raisons matérielles et ébauchées pendant le Premier empire.

Les congrégations religieuses ayant été à nouveau autorisées à organiser l'enseignement, elles prennent un rapide essor qui inquiète les milieux libéraux et anti-cléricaux. Afin d'apporter une alternative à cette nouvelle mainmise idéologique revancharde de l'Église, une volonté d'instruction publique laïque et d'émancipation sociale se développe, ces idéaux se concrétisent dans la création d'une association puissante, la Société pour l’instruction élémentaire (SIE), qui essaime rapidement dans la plupart des départements.

Mais le programme de création d'écoles engagé par la SIE se heurte à une grave pénurie de maîtres. Afin de pallier ces difficultés, une nouvelle méthode d'enseignement, l'enseignement mutuel, dont le modèle est importé d'Angleterre, est promue. Les écoles pratiquant cette méthode sont appelées Écoles mutuelles.




Explication de la méthode mutuelle

Jusque là, les méthodes d'enseignement étaient restées très traditionnelles, à l'instar des règles édictées par Jean-Baptiste de la Salle pour les Frères des Écoles chrétiennes dont il a été le créateur : division par niveau, place fixe et individuelle, discipline stricte, travail répétitif et simultané surveillé par un maître inflexible. Pour faire fonctionner ce système organisé, un personnel conséquent et des locaux adaptés sont nécessaires.

Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'à 150 élèves dans la même salle, il est secondé par des moniteurs, élèves les plus âgés et les plus instruits qui transmettent les ordres aux plus jeunes et les font travailler. Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires etc., jusqu'au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur.

Le maître unique, juché sur son pupitre commande toute cette organisation, les élèves étant installés sur de longs pupitres mobiles, organisés en configuration variables suivant les matières et les groupes de niveau. La méthode introduit une innovation capitale : l'apprentissage concomitant de la lecture et de l'écriture, et fait appel à des outils pédagogiques encore peu usités, comme l'ardoise qui économise le papier ou les tableaux muraux autour desquels les groupes font cercle au moment prescrit.

Cette pédagogie active et coopérative fonctionne assez bien et, dans les années qui suivent la révolution de 1830, plus de 2 000 écoles mutuelles existent, principalement dans les villes, en concurrence avec les écoles confessionnelles. En 1828, un ministère de l'Instruction publique est créé. En 1833, François Guizot, ministre de Louis-Philippe Ier, promeut une nouvelle loi visant à organiser l'éducation primaire, et à contrôler la formation des maîtres par la création d'écoles normales. Il tranche aussi, sur les méthodes pédagogiques, pour l'enseignement simultané des écoles Lasalliennes, au détriment de l'enseignement mutuel qui dès lors entame un recul qui le mène en quelques années à la marginalisation.




L'École mutuelle aujourd'hui

Le principe de l'enseignement mutuel (apprendre en enseignant) est appliqué dans le cadre de la méthode Lernen durch Lehren, largement répandue en Allemagne.